Retrouvez la première partie de l’entretien ici Yves Nougarède devant citia 2

Sigrid Coggins : Google Spotlight Stories a également proposé un programme en parallèle à tes choix ?
Yves Nougarède : ​Oui, ils ont choisi 40% de la programmation VR proposée ici cette année, avec notamment ​Sonaria (4), ​un récit immersif de son et lumière au langage visuel à la fois simple et abstrait ; avec ​Saturn Barz (Spirit House) qui est un vidéoclip musical interactif et immersif présentant des morceaux du nouvel album de Gorillaz (« Humanz »); et avec ​Asteroids VR​ , un voyage dans le cosmos à bord du vaisseau spatial de Mac et Cheez, un duo d’aliens maladroits.

SC : A l’issue de cette deuxième édition, prêt à repartir pour une troisième édition ? L’essai est-il transformé ?
YN :​ Complètement ! On continue de plus belle !
Tous les intervenants de cette année ont signé pour l’année prochaine. Sélectionnés ou pas ils reviennent, c’est sûr. Arvid Niklasson (5) qui a réalisé le ​Not Get de Bjork va revenir avec sa famille, idem pour Dave ​Blizard, lighting engineer aux studios Baobab : tous ! C’est clair qu’ils ont été complètement subjugués, fascinés, et ont vraiment constaté qu’il n’y a qu’à Annecy qu’on peut voir ça, qu’il y a absolument tout la chaîne de production, toute l’industrie de l’animation qui est représentée de l’étudiant jusqu’à l’acheteur, au distributeur, aux diffuseurs, fabricants logiciels, producteurs, chaînes de télé… Tout le monde est là et c’est une occasion unique de faire se rencontrer les créateurs d’un côté et les financiers de l’autre, les diffuseurs… C’est du pain béni pour les gros studios qui viennent recruter à tour de bras les étudiants fraichement diplômés, ou l’étudiant qui a eu son film en compétition. C’est une mine d’or !
Et pour le coup il n’y a vraiment qu’à Annecy qu’il y a toute cette population représentée et centrée uniquement sur l’animation. La VR à Cannes, c’est énorme mais c’est aussi beaucoup de films en prise de vue réelle. Pareil au festival du court-métrage de Clermont, il y a une une partie d’animation mais principalement de la vue réelle et du documentaire. On touche à tous les domaines : moi, je vais rester sur mon coeur de cible qui est l’animation.

SC : Quelques chiffres à partager quant à la fréquentation ?
YN : On a eu 1700 personnes sur la semaine, donc de 300 à 350 personnes par jour pour 4 stations par projet. Comparativement, c’est le même nombre de personnes qu’au Festival de Tribeca, où le dispositif était différent avec 14 visionnages d’une heure.

SC : Le coup de coeur technologique ?

YN : Ce qui m’a bluffé cette année, c’est le soft que Penrose studio a développé, Maestro. Maestro est une espèce de Facebook qui permet à chaque artiste et ingénieur qui travaille au casque de se connecter avec un autre artiste basé n’importe où ailleurs dans le monde et de discuter du projet en temps réel. Ils ne savent pas encore ce qu’ils vont faire du logiciel, à savoir s’ils vont le mettre à disposition du public, ou s’ils vont faire une licence et le vendre, mais rien que ça je trouve ça absolument formidable !

SC : Quels sont vos objectifs en terme de programmation pour la prochaine édition ?
YN : L’an prochain, je souhaite ramener des créations européennes et françaises et dépasser l’aspect “Silicon Valley de la VR”, parce qu’en Europe il y a quand même une grosse production, tout comme en Chine qui est le plus gros producteur de VR à l’heure actuelle !
Nous avions cette année une seule création européenne avec ​Nothing Happens​ .

J’ai eu la chance de voir un film français, ​Altération du studio Okio qui est époustouflant. Ce qui m’intéresse dans ce genre de projet c’est qu’à l’intérieur des courts-métrages en compétition, on a une section qui s’appelle OFF-Limits. Elle est dédiée aux productions qui sont à la frontière entre la vue réelle et l’animation, qui ne sont ni l’une ni l’autre : quelque chose qui se joue à la frontière de ces deux médias. Et précisément cette année j’ai ouvert la VR non seulement aux courts-métrages, mais aussi aux vidéo-clips, à des courts qui sont un peu feuilletonnant (Penrose Studio par exemple avec ​Arden’s Wake​ ) et là ça m’intéresse vraiment d’explorer ce champ du OFF Limits en VR. Ce qui m’embête c’est que ce projet, ​Altération sort en juillet et j’ai vraiment, vraiment, vraiment envie de présenter de l’inédit !
Il faut que je repense totalement mon système de sélection, quitte à me laisser jusqu’à deux semaines avant le début du festival pour prendre des projets qui sortent du four. C’est la valeur ajoutée qu’on peut apporter à Annecy avec ces “démos VR”.

Je me suis aperçu aussi que de plus en plus d’ingénieurs et d’animateurs indépendants commencent à développer des logiciels de création en réalité virtuelle qui ne se limitaient pas au dessin, mais qui incluent tout le processus de création d’un film d’animation, depuis le dessin jusqu’à l’animation. Je pense que ça va être en plein boum dans l’avenir.

SC : Et quelle serait une configuration idéale l’an prochain ?
YN : On va vraiment faire une section à part. Cette année c’était encore noyé au milieu des courts métrages traditionnels classiques. Je pensais qu’avec la première année à Annecy les gens allaient spontanément inscrire beaucoup de projets en VR, ça n’a pas été le cas : j’ai eu une vingtaine de projets sur 3000 films présentés. Mais des très bons.

Dans l’idéal, je veux arriver à ce que la section VR soit un miroir de ce que l’on montre au festival en sélection officielle en salle. Ce que j’aimerais donc beaucoup c’est d’avoir un peu de films d’étudiants, un peu de courts-métrages indépendants, du court métrage de ​major​ , du vidéo clip, du OFF Limits, de la VR de pays émergents… Voilà : en fait, tout ce qui fabrique ma sélection officielle en films classiques. J’aimerais pouvoir faire le miroir de ça en VR… et je pense qu’il y a des chances que ce soit possible. Mais ​wait and see​ !

Sigrid Coggins : ​La VR à Annecy en 2018, quels rêves ?

Yves Nougarède : ​J’ai envie d’y croire !
Je ne suis vraiment pas sûr de l’avenir de la VR, je trouve ça tellement fragile… Mais il y a tellement de possibilités que ça m’étonnerait que ça tombe à l’eau. On est en N+2 de la VR. Les casques commencent à s’améliorer petit à petit, il y a des évolutions, mais aussi des signes qui sont pas forcément positifs tels que Facebook, qui après avoir racheté Oculus pour 2 milliards de dollars s’en sépare une année après parce que leurs casques étaient une catastrophe commerciale. Mais aussi des signaux inverses avec par exemple les studios Baobab et leur levée de fond de 25 millions !

nothing happensEn train d’expérimenter “Nothing happens”. Photo Daniel Bouillot.

4 “Sonaria” : interview du réalisateur Scot Stafford à venir bientôt sur le blog de VRStory
5 “Not Get” avec Bjork, interview du réalisateur Arvid Niklasson bientôt sur le blog de VRStory

Une réflexion sur “SUITE de l’entretien avec Yves Nougarède, «Monsieur VR» du Festival d’animation d’Annecy ! #SigridCogginsFollowedForYou

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