Loic FLAMENG, Artiste interprète, Metteur en scène, Auteur, Scénariste… a inventé un nouveau process d’écriture très prometteur pour un film VR pour Canal Plus. Vincent Ravalec lui a posé quelques questions lors du Salon Virtuality en février à Paris.

Vincent Ravalec
Quelles sont les questions que tu t’es posé pour écrire ton film en VR ?  Quelles leçons tu en as tiré ?  Quelles sont pour toi, les spécificités d’une écriture en VR ?

Loïc Flameng
Ce projet remonte à il y a deux ans quand j’ai travaillé avec une boite, une start-up digitale « Slash » qui avait envie de créer des concepts de fiction en VR pour le web. J’ai dû mettre la main dans le cambouis parce qu’on n’avait pas beaucoup d’éléments techniques, de moyens, donc il a fallu qu’on improvise vraiment sur le terrain en écrivant… qu’est-ce qu’un scénario de long métrage ou même de court métrage en VR ? Et je me suis très vite aperçu que finalement on raconte toujours la même histoire, une histoire ça reste une histoire, c’est juste que l’environnement n’est pas le même, c’est-à-dire qu’on est dans une sphère, où tout est actif ou passif, on a un champ d’activité qui est limité par le casque et en même temps on est dans une immersion et on a un espace à occuper sur le plateau comme un peu au théâtre quand on fait de la mise en scène… Donc même entre la réalisation et l’écriture, il faut aussi prendre en compte, le côté plateau de la réalisation, de la réalisation classique et également du spectateur . On fait un film non pas pour un public, mais pour un spectateur qui va regarder la situation, le film. Et très vite on s’est aperçu dans l’écriture, que la caméra statique ça ne marche pas. Ça marche deux minutes, mais à un moment donné le spectateur s’emmerde parce que s’il est tout seul avec son casque, il ne bouge pas et que même quand il met le casque il est dans une histoire où il ne bouge pas, ça devient un peu emmerdant et c’est vrai que très rapidement, dans l’écriture, il faut inclure comme dans un film normal, le mouvement, le déplacement de la caméra, du personnage. Soit l’acteur et le spectateur sont une même personne on est subjectif, soit on est en omniscient et si on est en omniscient, l’écriture est différente.

Est-ce que dans ma narration le personnage c’est le spectateur ou non ? est donc la première chose à prendre en compte. Très vite, nous on avait mis, à l’époque, des caméras soit sur la tête du comédien ou du caméraman qui suivait par exemple une nana avec une torche dans une maison hantée. On avait peur avec elle. On la suivait. Faire cela demande de la mise en scène, donc de l’écriture et une nouvelle grammaire, un nouveau vocabulaire et une nouvelle manière d’écrire le scénario… et moi dans ma technique, c’est vrai qu’au début, il y avait plein de pages partout, mais c’est un peu le cas de ce que je vois parfois de certains réalisateurs encore, aujourd’hui : ils ont un scénario un peu classique, ils ont plein de feuilles, de story-boards, ou des plans à droite, à gauche un peu partout…

Vincent Ravalec
Comment tu as résolu ce problème-là ?

Loïc Flameng
J’ai voulu tout remettre dans un même scénario, alors ce que j’ai fait c’est que j’ai créé vraiment une grammaire en mélangeant à la fois le côté gaming du jeu vidéo et de l’écriture, c’est-à-dire que j’ai appelé ma méthode, la méthode du joystick. Ma méthode c’est très simple, il y a des séquenciers comme dans tous les films en sachant qu’une séquence en VR ça peut durer une demi-heure ou une heure, il n’y a pas de plans ou de mini plans, il n’y a pas de coupes, il n’y a que des situations dans une séquence VR… Donc en fait ma séquence, je la découpe en situations et au fur et à mesure que la situation évolue, je mets un joystick, je mets une flèche en haut, en bas, à gauche et à droite, avec tous les éléments actifs qui sont autour, le point de vue devant, le point de vue derrière… et à chaque fois que dans la même situation le personnage fait une action ou il rencontre quelque chose, un obstacle, ou qu’il se déplace, le joystick réapparait pour qu’on ait toujours visuellement la situation d’ensemble et elle est écrite, elle n’est pas dessinée, elle n’est pas graphée, c’est juste écrit.

Du coup, quelqu’un qui n’y connaît rien en VR, qui ne sait pas du tout de quoi ça parle, quand il le lit, il comprend très vite les enjeux, parce qu’il sait où est située l’action de base et où sont situées les actions à regarder ou à ne pas regarder ou qui ne sont pas nécessaires.

Par exemple, une petite fille qui est cachée dans les lattes d’un salon, sous le plancher. Donc là dans la situation, la petite fille est cachée sous un plancher et elle entend du bruit au-dessus, des gens qui la menacent en fait. Donc je mets la situation ce qui lui arrive à cette fille, elle est cachée elle entend du bruit donc il y a aussi l’environnement sonore qui est très important dans la VR et ensuite on a le joystick donc on a le renfoncement de la cachette parce qu’il est au-dessus de sa tête, on voit juste le renfoncement… Son point de vue devant : une main tappe sur le plancher du salon :  on voit juste sa main parce qu’on est dans la tête de la fille… et à gauche et à droite on a les poutres apparentes qui soutiennent le plancher. Et en bas, dans la vision du bas on voit juste les chaussures rouges de la petite fille. Si on s’imagine que le casque de la caméra VR est sur la tête de l’actrice, on est dans son corps.
Dès que la situation redémarre elle change. On recommence avec le joystick : on a encore le point de vue, on entend encore des bruits… Enfin les actions changent au fur et à mesure, en gardant parfois les mêmes éléments, parce que les éléments ne bougent pas tout le temps en fait. Et enfin quand elle sort on est « dans la situation de », là elle rencontre une personne qui va l’aider dans le salon, on est dans le salon même situation comme un scénario classique, mais un peu plus écrit littérairement pour qu’on rentre vraiment dans l’émotion du moment et qu’on ait vraiment un aspect global de toute la situation, de tout ce qui se passe dans l’environnement. Et après, tout ce qui se passe dans l’environnement que j’ai décrit, je le mets en jeu dans le joystick pour avoir exactement le point de vue de la petite fille devant, derrière, en haut, en bas, à gauche et à droite.

Ainsi on n’a pas besoin d’avoir plein de dessins autour, d’avoir plein de story-boards parce tout est écrit. Un scénario c’est d’abord écrire de l’image et la VR c’est aussi faire de l’image.

 

« Elsa » un film VR  co-écrit par Loïc Flameng pour le  Wonda VR 48h Film.

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