Vincent Ravalec a rencontré Fabien Siouffi en février au 104 à Paris lors du Salon Virtuality ;  discussion intéressante entre deux pionniers de la VR.

  • Vincent Ravalec

Alors Fabien est-ce que tu pourrais te présenter parce que je trouve que tu as un profil très intéressant, à la fois parler que tu viens du jeux vidéo que tu t’intéresses à l’art que tu as une revue qui s’appelle Fabbula, une revue numérique qui est très intéressante sur ce que ça brasse en terme de réflexion sur la VR et sur ce que la VR ouvre comme possibilité sur le monde de l’art… donc déjà si tu peux nous parler de tout ça, ça serait très bien…

  • Fabien Siouffi

D’accord. Donc effectivement, moi mon background c’est celui de producteur de jeux vidéo pendant une quinzaine d’années. Dans ce cadre-là j’ai travaillé pour de grands éditeurs de jeux vidéo : Blizzard, Rockstar, Electronics Arts… sur de très gros jeux. Et dans les dernières années de cette expérience, j’ai développé un intérêt pour la narration dans les jeux vidéo, vraiment : comment ça se fabrique ? Comment l’histoire se raconte dans les jeux vidéo ? et on se rend compte dans mes recherches et dans les différents cours que j’ai donné, que l’histoire écrite, que le scénario, c’est vraiment une toute petite partie de l’histoire telle qu’elle est reçue et on peut y ajouter une dizaine, une quinzaine d’autres facteurs qui vont être les personnages, les espaces, les interfaces, les références à des jeux précédents et donc tout un univers fictionnel, c’est comme ça qu’on les appelle, qui va être la matrice de l’histoire.

Donc avec cette spécialité là je commençais effectivement à intervenir dans des écoles d’art en France et en Belgique et quand la réalité virtuelle est apparue, ça m’a paru un saut très naturel pour moi d’aller sur les aspects narratifs de la VR. C’est vraiment par-là que je suis arrivé là-dedans, parce que j’ai retrouvé les mêmes préoccupations, cette notion d’expérience, d’agentivité c’est-à-dire que le spectateur soit activé, que le regard soit démultiplié, toutes ces choses-là… qui vient du jeu vidéo et qui se retrouve en plein dans la VR. Donc fort de ça, je me suis dit : là il y a un monde qui s’ouvre c’est un nouveau médium, on est nombreux dans cette industrie – enfin cette industrie, j’ai horreur de ce mot là – dans ce nouveau… en tous cas à trouver qu’il y a un champ très, très vaste à explorer, le genre de défi que j’adore… Et pour commencer je me suis dit je vais créer un magazine qui va interroger les créateurs de la VR sur leur processus de création : comment ça se fabrique ? comment quand on vient du film, quand on vient du jeu vidéo, qu’est-ce qui reste la même chose ? Qu’est-ce qui change ? Quelles sont les histoires qu’on peut raconter ? Comment on peut les raconter ?

En faisant ce travail là, j’ai commencé à établir un réseau aux Etats-Unis, en Europe, en France, de toutes ces personnes qui sont pionnières, qui sont intéressées par ces histoires, dont toi, on a publié des choses ensemble exactement sur ces sujets-là. Je me suis également rendu compte que ça intéressait énormément les artistes, parce que les artistes vont adorer naturellement expérimenter des processus immersifs, renforcer des impressions plutôt que des discours ou des histoires… il y a aussi cette branche dans Fabula que je suis beaucoup en train de développer sur les possibilités artistiques, sur les apports de cette technologie, il y a tout un champ du monde de l’art, les arts numériques et donc là c’est le thème du prochain numéro pour Fabula, c’est vraiment sur les mondes possibles c’est-à-dire les multiples possibilités non seulement d’histoires mais aussi de créations artistiques en VR.

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  • Vincent Ravalec

D’accord. Est-ce que tu as aussi comment dire… quel est pour toi un peu si on peut faire un état des lieux aujourd’hui de la fiction en VR, sans peut-être aller jusqu’à la fiction, mais en tous cas… Est-ce que tu as l’impression que la narration est en train de se trouver ?  Effectivement ayant eu l’occasion moi-même d’expérimenter la difficulté de penser un récit en VR, ça pose des questions qui sont très importantes d’ailleurs, d’où la nécessité du collectif qu’on a créé qui est VR Story autour de cette question-là… Est-ce que tu vois des choses qui te semblent intéressantes ?

  • Fabien Siouffi

C’est là où c’est vraiment je trouve passionnant pour des gens qui sont un peu aventuriers ou un peu pionniers… C’est qu’aujourd’hui il y a énormément d’expérimentation et il y a énormément de valeurs attachées à l’expérimentation. C’est-à-dire, c’est par l’expérimentation que l’on est dans le vrai. Ce qui n’est pas le cas de beaucoup de médias aujourd’hui. L’expérimentation dans le film a été extrêmement poussée mais pas tellement valorisée aujourd’hui comme une nécessité ou trop peu. En VR on ne fait que ça. En plus c’est une particularité je pense relativement européenne que de favoriser ce bain d’effervescence, d’essayer plein de trucs, d’utiliser des techniques du film, de réutiliser des concepts de jeux vidéo, de mélanger tout ça, de voir comment ça s’organise… et oui moi je trouve qu’on a vraiment des boulots qui sont magnifiques, qui donnent accès à des possibilités d’expérience qui sont tout à fait uniques. C’est-à-dire que non seulement on a l’immersion, la présence… Toutes ces choses qui sont un peu présupposées avec la VR mais surtout on en fait quelque chose qui nous transforme, et c’est cette transformation que je trouve intéressante. C’est-à-dire qu’on ressort de ces expériences avec une possibilité de sentir qui a été augmentée. Ça alors moi quand ça se passe, ça se passe par exemple dans « Notes on Blindness », dans certaines œuvres d’art, ça se passe dans des choses voilà où ça marche bien, je pense aussi à « In the Eyes of the Animals » par Marshmallow Laser Feast qui est très puissant de ce point de vue… On ressort avec un point de vue transformé. Alors il est transformé dans le sens où avant on pouvait se dire que oui on peut comprendre comment ça fait d’être un aveugle, comment ça fait d’être un animal, mais tout ça est très conceptuel… Là ça devient concret, ça devient vécu, ça devient une part de notre mémoire. Et quand on arrive à avoir des mémoires d’animaux, des mémoires de gens que nous ne sommes pas, je crois que c’est très enrichissant, c’est vraiment quelque chose qui nous bouleverse…

  • Vincent Ravalec

D’accord et bien écoute, ça me semble formidable, j’invite tout le monde à jeter un coup d’œil sur Fabbula…

  • Fabien Siouffi

Fabbula avec deux B donc sur internet Fabbula.com, sur les réseaux sociaux et je sors le prochain numéro fin mars, début avril, sur les mondes possibles.

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