Et si la radio se mettait à réalité virtuelle ?

En préambule des Laval Virtual Days s’est tenu jeudi 3 février un colloque à la maison de la Radio sur la place de la réalité virtuelle dans les médias. « Pourquoi pas incorporer de la VR au reportage d’un journaliste ? Que l’auditeur puisse visiter le lieu dont il parle par exemple » explique Eric Revel, le directeur de France Bleu. Soucieuse de ne pas rater une évolution technologique majeure, la maison ronde mise aussi sur la VR pour capter l’attention des plus jeunes: « Les moins de 25 ans écoutent deux fois moins la radio qu’il y a 15 ans » nous apprend Laurent Frisch, le directeur du numérique de Radio France, « il nous faut donc regarder vers l’avenir, et incorporer de l’image ». Et de rappeler une composante essentielle de la VR: le son. Or Radio France a été précurseur en la matière en proposant depuis 2013 déjà des productions en son spatialité sur son site NouvoSon , offrant ainsi une expérience immersive d’un nouveau genre à ses auditeurs.

Mais « qu’attendent les utilisateurs des médias augmentés» et de la VR en particulier se sont demandés les intervenants. Pour Antoine Cayrol d’Okio Studio qui a produit le remarqué I, Philip  (disponible sur l’appli Arte 360), « le contenu doit primer sur l’expérience et l’effet « waouh » ». « Quand la narration est bonne et de qualité, l’utilisateur va au bout » renchérit Chloé Jarry, productrice Nouveaux Medias chez Camera Lucida. Elle est venue parler de The Enemy , un projet journalistique du photographe de guerre Karim Ben Khalifa qui va donner lieu à une expérience VR interactive attendue en France pour le mois de mai, dans un lieu encore tenu secret, offrant les 400 m2 nécessaires au déploiement des spectateurs qui pourront déambuler à leur gré durant la durée de l’expérience. The Ennemy propose de vivre le conflit israelo-palestinien (ou le conflit en République Démocratique du Congo, ou celui entre gangs au Salvador)  en étant au plus prêt des combattants des deux camps. L’utilisateur peut ressentir physiquement leur présence en les approchant, en les contournant, tout en écoutant les réponses que chacun d’entre eux livre aux questions posées par Karim Ben Khalifa.  Des capteurs développés spécialement pour les besoins du projet permettent de tracker les mouvements des spectateurs, leur vitesse de déplacement, leurs hésitations, leurs accélérations, tous signes qui permettront pas la suite d’analyser le degré et la progression de l’empathie qu’ils auront ressentie. Une première version présentée à des élèves de première d’un lycée francilien les a semble-t-il séduit. « L’expérience dure 50 minutes, ce qui est long pour de la VR, et personne n’a arrêté en cours de route. » Chez Camera Lucida, société productrice de The Enemy, on pense qu’il est important d’immerger son corps dans la VR pour réellement capter l’attention. Un autre de leurs projets à venir, Replay Memories propose à l’expérimentateur de remonter le fil de l’actualité de ces 15 dernières années. Une sorte de plongée dans les entrailles du web où l’on se retrouve entouré d’écran (des images en 2D pour le coup ) dans lesquelles on va pouvoir piocher, à la recherche de ses propres souvenirs. Là encore, l’expérience demande d’utiliser son corps, et nécessite donc une technologie adaptée, en l’occurence le HTC Vive et ses deux manettes.

Mais la VR peut-elle aussi capter l’attention et raconter une histoire sans interactivité ? Oui pour Jeremy Pouilloux de La Generale de Prod venu présenter le teaser de  https://player.vimeo.com/video/164111018« >Our Baby , une mini série de 10 x 5min de Simon Buisson où le point de vue de la caméra est celui d’un nouveau-né. A travers son regard vont se jouer des scènes de la vie conjugale. Le but : faire vivre ou re-vivre au « spectateur », la naissance d’un enfant et son cortège d’évènements qui viennent bouleverser et parfois remettre en cause l’équilibre d’un couple.  Un parti pris, explique Jéremy Pouilloux, afin de « donner un sentiment de présence et provoquer une réelle immersion ». Ce principe largement répandu dans la VR et notamment utilisé dans I, Philip ou Defrost , est cependant à double tranchant. Comme nous l’avons remarqué au sein du collectif VRStory lors d’un visionnage collectif, certains« décrochent » de l’immersion car ils ne se sentent pas « appartenir » à ce corps virtuel. Qu’en sera-t-il de celui d’un bébé ?

Cette question du point de vue, SoWhen se la pose aussi. Croisé parmi les exposants du colloque, Mohamed Marouene, l’un de ses fondateurs revient sur « Life line » l’une de leurs productions. L’histoire d’un coup de foudre dans une boîte de nuit où le point de vue omniscient cède la place au point de vue subjectif du narrateur au moment fatidique. Un film dont la narration a été pensée avec un son spatialisé afin d’attirer l’attention du spectateur au bon endroit au bon moment. « Malheureusement, nous n’avons pas pu le diffuser ainsi, nous avons dû « aplatir » le son pour l’adapter aux masques existant qui ne prennent pas encore en charge cette technologie. Une contrainte que nous avons nous-même connue avec Real Love, notre film collectif d’apprentissage, qui prouve une fois de plus qu’avec l’évolution de la technique et l’uniformisation des formats vont se régler pas mal de contraintes liées à la narration en VR.

Lancés en 1999 sous l’impulsion de François d’Aubert alors maire de Laval, les Laval Virtual Days sont devenus depuis un événement international labellisé Frenchtech. 200 exposants y sont attendus du 22 au 26 mars prochain. VR Story y sera présent.

Une réflexion sur “Laval Virtual, premières réflexions

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s