Nom : Faudeux. Prénom : Stéphane. Signe particulier : voit dans l’avenir.

« Il y a quinze ans, on m’a demandé à quoi ressemblerait le cinéma dans 15 ans. On peut dire que je ne me suis pas beaucoup trompé » dit-il dans un sourire.

Pourtant, Stéphane Faudeux n’a rien d’un voyant. S’il peut prédire ainsi l’avenir, c’est parce qu’il occupe une place centrale dans l’audiovisuel : il est directeur de la société Génération Numérique, éditeur de Mediakwest et de Sonovision. Il est donc à la convergence de toutes informations concernant les nouveautés du marché.

Il était donc intéressant d’avoir son point de vue sur la VR.

Pour lui, pas de doute, la VR va dans le sens de l’histoire. D’ici 2020, le secteur pourrait peser 100 milliards d’euros, voire 150 milliards d’après certaines études. « En fait, c’est assez difficile à prévoir explique-t-il, car c’est le consommateur qui va décider de l’intérêt ou non de la VR ».

Pour l’instant, le marché est embryonnaire. « On vit le moment du cinéma qui correspond au film des frères Lumières sur l’entrée en gare du train de La Ciotat ». La technologie est encore lourde, les casques peu confortables, leur manipulation peu ergonomique, la définition des images n’est pas top et en plus, la VR, ça donne le mal de mer quand ce n’est pas tout simplement mal à la tête. Donc, si tout cela ne s’arrange pas très vite, en clair, c’est plié ! Le consommateur ne s’appropriera pas cette technologie et ce sera un flop, un peu comme l’image 3D.

Cependant, c’est peu probable. Pourquoi ? Les investissements actuels sont tout simplement colossaux. En 2014, Facebook rachète Occulus pour 2 milliards d’euros. Depuis, tout le monde veut en être. Les fabricants travaillent sur de meilleurs casques, plus confortables, capables d’être autonomes tout en fournissant une image de qualité. De nombreuses et nouvelles caméras ont été annoncées au salon de Las Vegas pour 2017. Les technologies informatiques de captation sont en plein essor.

Bref, ça bouge ! Une étude de Goldman Sachs qui vient d’être publiée prévoit même que, d’ici 2025, le marché du matériel VR sera supérieur à celui de la télé : 110 milliards au lieu de 90 milliards.

Mais s’il semble donc probable que les technologies évoluent dans le bon sens, l’avenir du secteur dépend aussi beaucoup de sa capacité à trouver des contenus de qualité. Pour l’instant, c’est déceptif. Les contenus VR se contentent souvent de placer le téléspectateur en immersion sans lui proposer de narration intéressante. « Aujourd’hui, toutes les plateformes cherchent des contenus originaux mais l’offre n’y est pas » explique Stéphane Faudeux. « Il y a le « Do it yourself », le contenu maison, rapide et simple à faire, qui constitue sans doute l’une des voies d’avenir des réseaux sociaux, et puis, il y le contenu « pro ». Et là, c’est une autre histoire. Quels vont être les acteurs ? Comment vont-ils être produits ? Vont-ils trouver des financements ? Tout est encore embryonnaire même si on voit poinder des solutions. En France, Arte avec sa plateforme 360 se démarque des autres chaînes et s’engage sur trois projets majeurs par an. C’est peu, mais c’est un début. Arte a d’ailleurs diffusé « I Philip » l’un des meilleurs films sur le marché actuel.

D’autres acteurs sont en train de se positionner à l’international. La start-up Jaunt, soutenue par Disney, propose une plateforme riche de contenus. Elle vient notamment de produire une série de fiction très réussie : « Invisible », réalisée par Doug Liman et soutenue par Condé Nast Entertainement. L’interface est élégante, facile d’utilisation et propose de nouvelles production.

Sony d’ailleurs l’a compris. Elle va intégrer cette plateforme à sa Playtsation VR pour booster le contenu proposé à ses utilisateurs et ne pas se contenter d’offrir des jeux.

Et puis, il y a la plateforme d’Occulus. Racheté par Google, elle aussi est en train de proposer des contenus intéressants et accessibles.

L’univers de la VR bouge donc et de plus en plus vite. Et les Européens ne sont pas à la traine. La France dispose d’une industrie du jeu vidéo performante avec des auteurs appréciés au niveau international. Cependant, pour les producteurs, les réalisateurs, les artistes, il devient de plus en plus clair que le marché se mondialise. Nos chaînes nationales risquent de se cantonner au marché français, sans être capables de financer des projets d’envergure. A terme, les auteurs devront se tourner vers des diffuseurs type Google pour remplace TF1 et France TV, avec tous les problèmes que cela pose en terme de circuits de financement CNC et autres… Mais cela, c’est une autre histoire.

Alors quel sera l’avenir de la VR ? Sans nul doute, rapidement, la qualité de diffusion va s’améliorer. Les casques seront plus petits on imagine même des casques/lentilles… La définition de l’image n’aura rien à voir avec celle d’aujourd’hui, le traitement du son spatialisé deviendra la norme. Les contenus seront plus intéressants, plus variés et devront plaire à un public international. Des diffuseurs de contenus narratifs vont supplanter la télé qui devra se recentrer sur les retransmission Live et le sport.

Et puis, l’expérience immersive va se développer. La société de jeux vidéo Starbreeze  vient de racheter la société belge Nozon qui propose une technologie originale pour se déplacer dans l’espace. Beaucoup pensent que l’avenir de la narration VR passe par une expérience immersive en connexion avec le décor, et non plus du simple 360 projeté. « A terme, on sera au cœur de l’image, on pourra interagir avec des acteurs, des objets, explique Stéphane Faudeux : « ce sera la fin de la projection, la fin de l’écran blanc ».

Un autre monde… Une autre dimension. A condition que le consommateur suive…

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